Non Ronald Virag, l’asexualité n’est pas une maladie

La couverture du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux

Vous pouvez lire aussi l’article sur le blog de l’Express de Camille qui a accepté de publier ma réponse. Merci Camille !

Il y a quelques jours un médecin sexologue du nom de Ronald Virag a publié sur Leplus un article profondément dérangeant qui traite d’asexualité. Je ne vais pas vous dire tout ce que je pense de Ronald Virag et de son article. Il suffit juste de savoir que Ronald Virag est un scientifique reconnu et que l’essentiel de son argumentation revient à associer l’asexualité à un ensemble de pathologies que l’on trouve dans les manuels de psychiatrie. Il n’est pas parfaitement clair sur le sort qu’il réserve à l’asexualité en général, mais il semble bien que pour lui l’asexualité soit une pathologie mentale, ou plutôt un ensemble de pathologies rassemblées sous un label commun.

Vous avez sans doute compris : je ne partage pas l’avis de Ronald Virag. Pour vous dire les choses directement, je pense que les sexologues en général et Ronal Virag en particulier sont en train de commettre la même erreur qu’ils ont déjà commise avec l’homosexualité. Cette erreur, c’est celle de confondre préjugés et vérité. Cette erreur, c’est celle de se sentir obligé de transformer les sexualités qui dérangent en maladies mentales.

Lire la suite

Consentement et culture de la sexualité obligatoire

quotes1

Une personne asexuelle qui ignore qu’elle est asexuelle va grandir en croyant qu’elle doit être absolument sexuelle, qu’elle doit absolument ressentir de l’attirance sexuelle et être sexuellement active. Éprouver du désir sexuel est présumé être aussi naturel et universel que respirer, et une personne qui n’en aurait pas serait nécessairement anormale ou déficiente d’une façon ou d’une autre. Les personnes asexuelles subissent une pression à la « normalité » à cause du stigma et des stéréotypes que notre culture attache aux notions de virginité, de célibat, d’aromantisme, et d’autres. Une personne asexuelle qui ne se conforme pas à une forme de sexualité obligatoire rencontrera préjugés, harcèlement, sera considérée comme malade ainsi que d’autres difficultés ; en somme, elle subira des pressions, sera contrainte à se comporter comme une personne sexuelle « normale »*.

Lire la suite

Pourquoi a-t-on du mal à comprendre l’asexualité ?

Le texte qui suit est extrait d’une interview de David Jay (le fondateur de AVEN) menée par un chercheur anglais du nom de Mark Carrigan. Vous pouvez l’écouter en entière et en anglais à cet endroit.

Mark Carrigan : Un certain nombre de personnes n’arrivent pas à comprendre l’asexualité sur un plan intellectuel. Est-ce un problème ? Comment le régler ?

Lire la suite

Lettre ouverte aux adolescentes et adolescents asexuels

Ce texte est une traduction de « An Open Letter to Asexual Teenagers ».

J’ai à présent plus d’une vingtaine d’année et je n’ai pas de désir réel de revivre mes années d’adolescence. Si je le fais, c’est parce que ça peut aider d’autres personnes qui pourraient traverser les mêmes « problèmes » que ceux auxquels j’ai été confrontée, en tant qu’adolescente complètement désintéressée par le sexe. Lire la suite

Petite expérience de pensée à destination des personnes qui ne sont pas asexuelles

« Imaginez que vous vous réveilliez un jour dans un monde duquel toute sexualité a disparu. Un monde parfaitement asexuel. Personne ou presque, dans ce monde, ne ressent d’attirance sexuelle. Et évidement, on ne parle pas de sexualité, il n’y a pas de mots pour décrire l’expérience de la sexualité, ni d’idées pour la comprendre. Imaginons encore que dans ce monde, être asexuel-le est considéré comme la façon d’être normale. C’est la façon d’être encouragée et valorisée. Aucune personne bien constituée ne pense jamais à la sexualité. Il est connu qu’il existe des personnes sexuelles, mais ce n’est pas un sujet intéressant. Et quand on en parle, c’est toujours pour indiquer que la sexualité est le symptôme d’une inaptitude, d’une perturbation ou d’une maladie. Dans ce monde, il n’y a pas non plus de mots pour décrire les pratiques et les relations sexuelles. Les relations asexuelles, par contre, sont valorisées au-dessus de toutes les autres. Ce sont les relations les plus importantes dans la vie d’une personne et la tâche principale dans la vie d’un adulte est de trouver un-e partenaire asexuelle.

Lire la suite

L’asexualité et les normes dominantes de sexualité

quotes1

Imaginons une personne qui n’éprouve pas d’attirance sexuelle. Imaginons encore qu’elle soit mise dans un environnement où elle serait libre de parler de désir et de plaisir, de créer des relations, et de mener sa vie sans que son manque de sexualité ne devienne jamais un problème. Cette personne se sentirait sexuellement « normale » et ne ressentirait aucun désir de s’identifier comme asexuelle ou de se regrouper avec d’autres personnes asexuelles. […]

Imaginons à présent cette même personne dans un environnement différent, où elle est sans cesse rappelée à son manque de sexualité. Dans cet environnement, des choses comme l’intimité et l’attirance sont associées étroitement à des préoccupations de nature sexuelle qui n’ont pas leur place dans la vie de cette personne. On attend sans cesse de cette personne qu’elle pense et qu’elle ressente ce qu’elle ne pense pas et ne ressent pas. Ce deuxième environnement pourrait très bien donner naissance à des sentiments de confusion et d’isolement qui à leur tour pourrait mener au développement d’une identité asexuelle.

Lire la suite

La normativité sexuelle

quotes1

De la même manière que l’hétéronormativité positionne l’hétérosexualité comme la façon d’être normale, universelle et socialement désirable ; la normativité sexuelle positionne la sexualité comme une façon d’être normale, universelle et socialement désirable. Cette normativité sexuelle postule que toute personne est sexuelle tant qu’elle n’affirme pas le contraire. De surcroit, l’asexualité y est présentée comme nécessitant une explication et un possible traitement médical tandis que la sexualité est tout simplement, et souvent de manière non questionnée, pensée comme la façon d’être normale.

Lire la suite

Est-ce qu’on peut parler d’intimité sans parler de sexe ?

quotes1

« Ma définition de l’intimité est plutôt large. Pour moi, une relation intime est une relation dans laquelle on n’a pas peur de se rendre vulnérable. Et dans notre société, l’intimité est fortement associée au sexe. La capacité pour une personne d’être connectée avec une autre est en grande partie sexualisée. Et c’est plutôt étrange. Car je ne vois pas pourquoi toutes les relations importantes ou toutes les formes d’intimité émotionnelle devraient être sexuelles.

Ça m’est déjà arrivé de discuter avec des personnes de ce qu’elles appelaient leur « sexualité ». Et au bout d’un moment, je me rendais compte que sous ce mot il y avait tout un tas d’émotions et de sentiments différents. Certaines fois ça avait à voir avec la sexualité et d’autre fois pas du tout. C’est comme si elles n’avaient pas d’autre langage que celui de la sexualité pour exprimer ce qu’elles ressentaient. »

Lire la suite

Pour créer une dialogue honnête sur la sexualité, il faut aussi parler d’asexualité

quotes1

« Dans notre société, qui fait du sexe un argument marketing, parler de sexe revient parfois à le glorifier sans aucun recul. Je pense que c’est important d’avoir conscience que glorifier le sexe ou le présenter comme nécessairement supérieur aux autres façon de se connecter avec les autres n’est pas un choix anodin.

En fait, je pense que si vous voulez créer un dialogue honnête sur la sexualité, il faut aussi parler d’asexualité. Pour célébrer la sexualité, il faudrait aussi célébrer le fait que le sexe est parfois ennuyeux et qu’il y a d’autres façons d’entrer en contact avec les gens. Au jour d’aujourd’hui, même dans les espaces ouvertement pro-sexe, ce ne sont pas des sujets faciles à aborder à voix haute. »

Lire la suite

La sexualité c’est obligatoire

quotes1

« On vit dans une société où l’on est tous censés être sexuel-le-s. Et si on n’est pas sexuel-le-s, c’est qu’on a un problème. On vit dans une société qui prétend que faire l’expérience de la sexualité c’est obligatoire pour se comprendre soi-même, c’est obligatoire pour créer des liens avec les autres, c’est obligatoire pour comprendre le plaisir. La sexualité est tellement liée à la maturité qu’en fait, sans elle, on n’est pas vraiment adulte. Et ça, ça peut faire vraiment peur, ça peut être vraiment aliénant. On se retrouve avec plein de trucs dans la tête et on ne sait pas quoi en faire. »

Lire la suite