Lettre ouverte aux adolescentes et adolescents asexuels

Ce texte est une traduction de « An Open Letter to Asexual Teenagers ».

J’ai à présent plus d’une vingtaine d’année et je n’ai pas de désir réel de revivre mes années d’adolescence. Si je le fais, c’est parce que ça peut aider d’autres personnes qui pourraient traverser les mêmes « problèmes » que ceux auxquels j’ai été confrontée, en tant qu’adolescente complètement désintéressée par le sexe.

Je me souviens que j’étais plutôt «précoce», ayant besoin de soutien-gorge avant même de quitter l’école primaire. Logiquement, mon esprit aurait dû suivre au même rythme et j’aurai dû me retrouver dans le monde chaotique des rencontres amoureuses adolescentes quelques années après. Mais ce n’est pas ce qui est arrivé.

J’avais une meilleure amie à l’époque, une autre fille de mon âge, avec qui j’ai grandi. Lorsqu’elle a atteint la puberté, c’était comme s’il y avait un gyrophare clignotant sur sa tête. Elle a commencé à se maquiller et à devenir molle et stupide autour des garçons. Une de ses activités favorites était de sortir à la recherche de garçons attirants. Au début, je pensais qu’elle était folle. Je ne pouvais pas comprendre pourquoi elle agissait aussi illogiquement. Mais bientôt presque toutes nos copines se sont mises à tomber amoureuses. Bien sûr, il y avait toujours des personnes gentilles pour dire : « Y’a pas de problème, elle ne veut juste pas faire partie de nos jeux. Laissez-la faire ce qu’elle veut ». Mais je savais qu’au fond d’elles-mêmes, mêmes ces personnes se posaient des questions.

Ma mère pensait seulement que j’étais « en retard ». J’avais entendu ce terme, mais je n’avais pas fait le lien avec la sexualité. Je n’ai réalisé que plus tard qu’il y avait d’autres personnes « en retard ». Certaines découvraient leur sexualité après vingt ans, ou parfois même quarante. Pendant un certain temps, cette idée me suffisait, même si je sentais qu’il y avait quelque chose d’étrange. Ma meilleure amie, elle, ne pensait pas que j’étais en retard. Elle pensait que je cachais quelque chose, que je gardais un secret. Elle a théorisé que j’étais lesbienne. C’est vrai que je défiais les normes de genre, mais ce n’étais l’effet d’un penchant lesbien naissant. C’était plutôt une rébellion personnelle contre le genre, que je trouvais insipide et inutile. Une si grande partie du genre est basée sur la sexualité que je ne trouvais aucun désir particulier à en respecter les contraintes et à me dandiner en minijupes et mascara. J’avais aussi un très bon ami à cette époque et lui aussi a atteint la puberté comme un train à pleine vitesse. Il ne croyait pas que j’étais en retard ou lesbienne. Il pensait seulement que je voulais me faire désirer (à tel point que j’ai arrêté de lui parler et que j’ai mis plus d’une dizaine d’année rien que pour lui sourire). Adolescente, l’idée du sexe avec qui que ce soit, homme ou femme, me donnait la nausée. L’idée de tous ces fluides corporels se mélangeant et toute cette mécanique me donnait des haut-le-cœur. Depuis j’ai appris qu’il ne faut pas penser à ces choses et que c’est comme ça que les gens finissent par avoir la phobie des microbes ! J’ai arrêté.

J’ai fini par me rendre compte que les gens spéculaient sur moi. Alors, pour cacher mon malaise je me suis mise à agir d’une manière qui ne me ressemblait pas. Les seules personnes dans l’histoire que je connaissais et qui affichaient leur asexualité, c’était les femmes victoriennes. Je suis américaine et née dans les années 1980. Je n’ai donc rien d’anglais ou de victorien, à part peut-être mes gènes. Mais je me suis pourtant mise à m’habiller de façon plus contraignante, proprement. D’une manière féminine, mais pas sexuelle. J’ai pris de bonnes manières et j’ai cherché à être élégante. Le seul résultat de ce manège a été d’embêter et de troubler les personnes autour de moi et je n’ai pas arrêté avant les vingt ans. Après quoi je suis revenue à un moi plus naturel, plus rebelle.

Pendant ce temps, les gens continuaient à se faire des idées sur moi. On essayait de m’analyser avec de la psychologie à quatre sous. Quelque chose de terrible avait dû m’arriver pour me faire agir de cette façon. Mais ce n’était pas vrai. Même si j’ai beaucoup de sympathie pour les victimes de passés sordides, je ne suis pas l’une d’elle. Je n’étais pas non plus religieuse, et personne ne pouvait blâmer la religion pour mon attitude apparemment bizarre, même si certains ont essayé. J’ai entendu : « tu ne veux pas coucher parce que tu penses que c’est honteux ! Tu penses que c’est un pêché ! ». C’était complètement faux. Ce n’est pas parce que le sexe n’était pas pour moi que je jugeais les autres. Je n’ai jamais fait ça.

Alors que je grandissais, j’ai fait quelques rencontres, la plupart innocente. Mais aucune ne m’a fait particulièrement plaisir. Je me suis aussi mise à apprendre tout ce que je pouvais sur le sexe dans l’histoire, la religion, et la science. J’essayais d’y trouver du sens. Je peux maintenant sortir tout un tas de faits intéressants, bien que cela ne m’ait que peu aidé. Mais j’étais sur la bonne voie, puisque j’ai fini par tomber sur ma propre vérité. Ça s’appelait l’asexualité.

Soudainement, vers la fin de mon adolescence et juste avant mes vingt ans, j’avais un mot auquel m’identifier. D’ailleurs, c’est bien plus qu’un mot, c’est toute une histoire que je partage avec d’autres personnes qui sont comme moi. D’après de récentes études, jusqu’à 2% de la population (à la fois femmes et hommes) pourrait être asexuel. Ce n’est pas un sujet particulièrement étudié, mais dans toutes les études, on trouvera des personne n’appartenant à aucune des catégories usuelles. C’est d’ailleurs vrai aussi du monde animal. Les éleveurs et éleveuses d’animaux domestiques vont diront que de temps en temps, il y a des animaux qui — pour une raison inconnue — ne cherchent pas à se reproduire. En général, ce sont des animaux en bonne santé et leurs propriétaires voudraient qu’ils se reproduisent. Le premier de ces animaux à être scientifiquement reconnu était probablement le mouton, dont 3% de la population ne montre aucun désir de se reproduire, sans raison apparente. Leurs hormones ont été étudiées et sont à des niveaux normaux. Ç’a été une grande nouvelle pour moi, puisqu’une autre théorie à mon sujet circulait : que j’avais des problèmes hormonaux.

Sachant cela, je suis allée à la rencontre des autres, en particulier sur AVEN dont les forums sont remplis de personnes de tout âge et qui ont les mêmes problèmes que moi. C’était vraiment réconfortant ! Et j’ai appris là-bas quelque chose qu’aucun article scientifique aurait pu me dire. J’ai appris que j’étais normale ! 100% normale ! Ce qui était naturel pour moi était naturel pour la nature. Je ne brisais aucune règle, je n’étais pas un monstre de foire ou une anomalie. J’étais…moi. Et non seulement j’étais moi, mais en plus j’étais éduquée et prête à affronter ce monde. J’ai depuis appris a relativiser mon asexualité. J’ai traversé des relations platoniques profondes et satisfaisantes avec un certain nombre d’individus, ce que je n’aurais jamais pensé possible. Je suis heureuse dans la vie et même si presque tous les gens que je rencontre font des théories sur moi, j’ai trouvé des personnes qui m’acceptent, et j’ai arrêté de me préoccuper des autres. Il fut un temps où, dans ce monde, l’homosexualité était « contre-nature », tout comme l’était l’intersexualité. Nous avons découvert en étudiant le domaine animal que c’est une caractéristique insolite de l’espèce humaine. Elle essaye de faire rentrer tout le monde dans une binarité de genre (masculin ou féminin), et considère que l’hétérosexualité est la seule sexualité correcte. Maintenant nous savons qu’il y a des millions d’espèces animales qui cherchent à se différencier, aussi bien qu’une pléthore d’êtres humains uniques.

Je sais que le futur est encourageant, et je veux que les jeunes asexuels et asexuelles le sachent. Nous sommes à une époque où nous commençons à être reconnu-e-s, tout comme les lesbiennes et les gays dans le passé. L’asexualité commence à être vue comme comme une option dans certaines études sur la sexualité, au même niveau que l’hétérosexualité, l’homosexualité, et la bisexualité. C’est un changement rafraichissant.

Au final, je voulais juste dire à tous les jeunes asexuels et asexuelles que vous êtes normales et que des personnes sont là pour vous soutenir. Ne laissez jamais qui que ce soit vous convaincre du contraire. Ne laissez jamais qui que ce soit vous convaincre de faire ce que vous ne voulez pas faire. Si, dans votre vie, vous changez, c’est très bien aussi. Ca arrive. Détendez-vous ! Soyez heureux/heureuse et profitez de la vie. Et ne vous arrêtez pas. De mon côté, depuis que j’ai appris à m’accepter moi-même le sentiment de nausée est parti. Le sexe n’est toujours pas ma tasse de thé mais au moins maintenant je n’agis plus comme une enfant de huit ans. Mon « Beeeeerk, c’est degoûtant ! » est devenu un « Bah… » qui veut tout dire.

Ce texte est issu de « An Open Letter to Asexual Teenagers ». Il a été traduit par @ProgVal.

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2 réflexions sur “Lettre ouverte aux adolescentes et adolescents asexuels

  1. « Lorsqu’elle a atteint la puberté, c’était comme s’il y avait un gyrophare clignotant sur sa tête. Elle a commencé à se maquiller et à devenir molle et stupide autour des garçons. »

    « Ce n’est pas parce que le sexe n’était pas pour moi que je jugeais les autres. Je n’ai jamais fait ça. »

    :]

    (Bon, c’était vraiment pour chercher la petite bête, hein).

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