Pourquoi on ne peut pas se passer d’une éducation à l’asexualité 

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Je suis sûre que beaucoup vont dire : « Mais pourquoi est-ce si important que ton orientation sexuelle soit reconnue sur un site traitant de santé sexuelle ? En quoi ça te regarde si tu ne couches avec personne ? » D’ailleurs, j’entends toujours les gens demander : « Pourquoi est-ce que tu as besoin que l’asexualité soit reconnue ?! Les personnes asexuelles n’ont aucun problème à surmonter ! » Honnêtement, je suis habituée à ce que le plus grand nombre ignore ma sexualité et que les plus ignorants l’insultent. Mais ce manque de visibilité, ce silence, c’est ça le vrai problème.

Jusqu’à mes 19 ans, je ne savais pas que l’asexualité était une orientation sexuelle. Comme des tonnes d’autres choses importantes, la sexualité était à peine discutée en classe. Mais déjà jeune, vers 16 ans, je savais que je ne voulais pas avoir de relations sexuelles. En fait, la simple idée d’avoir des relations sexuelles me stressait à mort. Pendant le collège et le lycée, cette période pendant laquelle les ados sortent les un-es avec les autres, je m’interdisais presque de créer des liens avec qui que ce soit. Mais je ne savais pas ce qui ne tournait pas rond. Parce que j’étais sûre qu’il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond à l’intérieur de moi. Je savais qu’il y avait des personnes gay-es, des hétéros et des bi-es. Mais je n’étais rien de tout ça. Il fallait donc absolument que quelque chose ne fonctionne pas à l’intérieur de moi. Pas vrai ?

Et évidemment, s’il y avait quelque chose qui ne fonctionnait pas à l’intérieur de moi, les médecins le trouverait. C’est ce que font les médecins après tout, illes aident les gens, illes trouvent ce qui ne fonctionne pas. Donc à 18 ans, l’été avant d’entrer en fac, je suis allée chez mon gynécologue et je lui ai expliqué mon absence de désir sexuel. On m’a fait une prise de sang et  un examen pelvien intrusif et douloureux. La seule fois de ma vie où j’ai été pénétrée c’était à 18 ans par mon gynécologue après lui avoir expliqué ma peur et ma haine d’être touchée (ironie). L’examen a montré qu’il n’y avait rien. Mes prises de sang étaient normales. J’étais en bonne santé. Le médecin a dit que c’était psychologique et que je devais voir un psy.

Et c’est donc ce que j’ai fait. En entrant à la fac, j’ai commencé à voir un psy pour qu’il prenne en charge ma sexualité dysfonctionnelle. Pendant des mois, je suis allée voir ce psy et je lui ai tout déballé sur ma haine du sexe, sur le fait que je n’aimais pas être touchée et mon désespoir de me sentir comme un être humain brisé. Je lui ai raconté toutes les fois où, saoule, j’essayais de toucher une autre personne, femme et homme, essayant de me forcer, à travers l’ivresse, à trouver ça agréable. Et je lui ai aussi raconté qu’à chaque fois, malgré l’alcool, j’ai détesté ça. Le thérapeute m’a conseillé de me masturber, il m’a dit que ça allait mettre en route mon désir sexuel. Et quand ça n’a pas marché, le thérapeute m’a raconté que j’avais dû être agressée sexuellement durant mon enfance. Je me rappelle même avoir pensé pendant un moment que c’était peut-être vrai, alors que je savais pertinemment, au fond, que ca n’était jamais arrivé. En fait, j’étais prête à croire, suite aux suggestions d’un professionnel, que j’avais été agressée sexuellement étant enfant, tout ça pour trouver une cause à mon état.

A la fin, j’en pouvais plus. Je suis allée voir Anna, la personne en qui j’avais le plus confiance à l’école. C’est la fille ouvertement queer qui s’occupe de ces questions dans ma fac. J’avais tellement confiance en elle. Je suis allée dans son bureau un jour et j’ai tout simplement éclaté en sanglots. J’ai tout raconté : ma haine et ma peur de la sexualité, l’incapacité des docteurs à me soigner, ma solitude, ma haine pour moi-même. Et elle m’a répondu : « Carly, tout va bien, tu dois simplement être asexuelle. »

J’ai dû attendre d’avoir 19 ans pour entendre ce mot. J’ai dû attendre d’avoir 19 ans pour qu’un autre être humain reconnaisse que je n’étais pas cassée, défaillante, refoulée, dans le déni, ou malade. J’ai dû attendre 19 putains d’années pour pouvoir me regarder en face dans un miroir et ne pas détester ce que je voyais. 19 ans pour être capable de m’accepter comme j’étais. 

Voilà pourquoi on a besoin d’éducation et de visibilité. Voilà pourquoi le Planned Parenthood doit inclure l’asexualité sur son site web. Parce que j’ai vécu pendant des années en me détestant ; sans savoir qui j’étais vraiment, sans savoir qu’on ne peut pas réparer ce qui n’est pas cassé. Et je suis sûre qu’il y a d’autres ados qui sont exactement dans la même situation que moi quand j’avais 16 ans, qui cherchent à soigner leur problème ou qui espèrent découvrir pourquoi ils ou elles ont l’impression de n’avoir leur place nulle part. Imaginez si ces personnes pouvaient aller tout simplement sur le site du Planned Parenthood et voir l’asexualité listée comme une orientation valide. Ça aurait pu m’épargner des années de haine de moi-même.

Si nous voulons éduquer à l’asexualité et favoriser son inclusion, ce n’est pas pour faire nos intéressants ou pour envahir les espaces queers. Ce n’est pas parce que nous voulons être spéciales ou spéciaux, ou parce que nous nous compliquons la vie. La vraie raison, c’est que nous voulons être sûr-es que toutes les personnes asexuelles puissent grandir sans penser qu’elles sont défaillantes ou dysfonctionnelles, qu’elles puissent grandir sans être seules et en étant assurées que leur existence est reconnue.

On trouve ce texte dans l’article « Why Asexual Education and Awareness is a Must » du blog Asexual not A Sexual. L’article a été traduit de manière collaborative par @3w1nd, @Progval, @RadCashew et moi-même. Merci beaucoup !

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5 réflexions sur “Pourquoi on ne peut pas se passer d’une éducation à l’asexualité 

  1. Bonjour,

    Je m’appelle Alex, et j’ai 17 ans et demi. Je connais l’asexualité depuis un an, et je me demande si je ne suis pas asexuelle… C’est la première fois que je lis un témoignage qui me fait penser à moi. Est-ce qu’on pourrait parler en privé ? J’ai besoin d’aide…

  2. je m’y reconnait bien dans cette expérience. Sans connaitre cette orientation au début je ne voyait pas pourquoi elle ne pouvait pas exister parce que mathématiquement c’est impossible qu’elle n’existe pas. Mais je me suis beaucoup culpabiliser, forcé, rencontrer des pros aussi.
    C’est en apprenant que j’étais poly que j’ai aussi découvert le terme d’asexualité. On me reproche souvent de ne pas l’être, parce qu je ne l’assume pas. mais je suis demi-asexuel et je l’ai appris après mes 20 ans, à travers des témoignages comme le tien ou on se dit que se qu’on peut vivre et ressentir n’est pas une anomalie. Merci pour cet article.

  3. Merci beaucoup pour cet article, je me reconnais vraiment en toi. J’ai bientôt 26 ans et j’ai aussi découvert l’asexualité très tard même si je sais depuis bien plus longtemps que je ne voulais pas avoir de relation sexuelle.
    Comme toi j’ai essayé de m’obliger à sortir avec des hommes pour me trouver dans un état de stresse permanent. J’ai passé des journées entière à pleurer parce que je n’étais pas « normale », je suis allée voir un psy, avant d’accepter la situation parce que c’est ce que je suis et que j’étais bien comme ça.

    Encore aujourd’hui j’ai peur de la réaction des gens autour de moi quand je leur dit que je suis asexuelle, mais en fait ils ne connaissent même pas ce mot (mon correcteur orthographie non plus d’ailleurs !).

    Ton témoignage m’a fait pleurer parce que c’est horrible de se dire qu’il y a encore pas mal de personnes qui vont subir ça à cause de notre société actuelle.

    Bref, encore merci pour ce superbe témoignage, j’espère qu’il aidera plein de monde 🙂

    Sam

  4. Bonjour.
    J’ai 22 ans et je suis aussi asexuelle. Je n’ai même jamais embrassé personne de ma vie, ça me répugne (pour moi, pas pour les autres, il ne faut pas confondre asexualité et anti-sexualité lol). Pourtant, j’ai aimé des personnes très fortement, ça fait même neuf ans que je souffre de dépendance affective…. Je les ai aimé jusqu’à vouloir mourir pour elles…
    Mais je n’ai jamais ressenti le moindre désir sexuel envers elles…

    Comme toi, on m’a souvent dit que ça devait être dû à des traumatismes, car il est vrai que j’ai eu une vie assez difficile (des années de harcèlement scolaire, des hospitalisations en psychiatrie traumatisantes, la perte de deux personnes très chères à mes yeux par la mort…).
    Mais je ne pense pas que ce soit dû à tout cela non plus…

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