Asexualité et LGBT : plaidoyer pour une inclusion

C’est Rising Sun de AVEN qui a traduit le texte. Merci ! (L’original, sur le site de Asexual Awareness Week)

 

1- La place de l’asexualité dans le mouvement LGBT

On entend souvent dire que les personnes asexuelles n’ont rien en commun avec les personnes lesbiennes, gays, bi-e-s ou trans et qu’elles ne partagent aucun des problèmes et des désavantages de ces dernières, si ce n’est le fait d’appartenir à une minorité sexuelle. Qu’en est-il ?

En fait, les personnes asexuelles souffrent elles aussi de l’hétérosexisme de la société. Comme les personnes L, G, B ou T, beaucoup de personnes asexuelles se sentent mises à l’écart, isolées et effrayées. Beaucoup grandissent confuses et inquiètes, et ont l’impression qu’elles sont poussées à renier leur vraie nature. De plus, les personnes asexuelles, elles aussi, ont plus de chances de souffrir de dépression.

Il faut ajouter à cela que les personnes asexuelles sont actuellement encore plus invisibles que les personnes appartenant aux autres groupes LGBT. Il s’en suit que la majorité des personnes asexuelles n’a actuellement aucun groupe de soutien connu et évident vers lequel se tourner ; l’asexualité passe pour l’instant inaperçue et cela contribue à l’incompréhension dont souffre l’asexualité voire au déni de son existence même.

Beaucoup de personnes asexuelles ont vécu des années dans la honte et l’embarras à propos de leur sexualité car elles n’avaient que trop conscience que cette sexualité n’était pas conforme aux attentes de la société, de leurs amis, de leur famille et de leurs partenaires.

Comme souvent pour les personnes L, G, B ou T, les plus gros dégâts provoqués sur les asexuel-le-s sont le fait de personnes bien pensantes – famille et amis – qui présupposent que tout le monde est hétérosexuel. Vouloir remettre en question ces présuppositions hétéronormatives rapproche l’asexualité des autres groupes LGBT.

Certaines personnes asexuelles ont subi l’expérience de l’homophobie. Les ignorants supposent souvent que si quelqu’un n’est pas attiré par le sexe opposé, il doit être homosexuel. Certains personnes asexuelles ont ainsi subi du harcèlement homophobe, allant des moqueries à l’agression physique. Les femmes asexuelles sont parfois menacées de viol pour les « rendre hétéro » – exactement comme les lesbiennes. De fait, beaucoup d’asexuels ressentent un intérêt partagé pour les droits des personnes homosexuelles.

Enfin, bien sûr, beaucoup d’asexuel-le-s sont trans ou ressentent une attirance romantique pour le même sexe, et donc font naturellement partie des groupes LGBT.

En fait, les études suggèrent que seulement un peu plus d’un tiers des personnes asexuelles se considèrent hétéroromantiques et qu’elles ont beaucoup plus de chance d’être trans ou queer, comparées au reste de la population. Les membres de la communauté asexuelle se sentent donc souvent proche des groupes LGBT.

 

Mais l’asexualité n’est même pas une orientation – c’est un manque d’orientation !

D’abord, que l’on accepte ou non de classifier l’asexualité comme une orientation, les asexuel-le-s sont des personnes, et elles ont besoin de la reconnaissance et du soutien d’une communauté amicale et ouverte d’esprit, autant que n’importe qui d’autre.

De plus, les orientations sexuelles peuvent être négatives autant que positives. Quand quelqu’un dit qu’il est homosexuel, cela ne signifie pas seulement qu’il est attiré par le même sexe – cela signifie aussi qu’il n’est pas attiré par le sexe opposé. De la même manière, les personnes hétérosexuelles ne sont pas attirées par les personnes du même sexe. L’asexualité est entièrement négative, au niveau de l’attirance sexuelle, mais cela ne l’empêche pas d’être une orientation sexuelle.

 

Le mouvement LGBT est pro-sexe. Comment les asexuels pourraient-ils s’y retrouver ?

Penser que les asexuel-le-s éprouvent une sorte de dégoût puritain pour le sexe est absument faux. Bien que cela puisse être vrai dans quelques cas isolés, la plupart des personnes asexuelles promeuvent le respect des différentes formes de sexualité. La plupart sont convaincus que le sexe est une chose merveilleuse, pour ceux qui l’apprécient.

Au bout du compte, c’est la liberté sexuelle de chacun-e que les personnes asexuelles revendiquent. Mais cette liberté sexuelle inclut aussi la liberté de ne pas être sexuel-le.

 

Quelles autres similarités y a-t-il dans les expériences des personnes asexuelles et des personnes L, G, B ou T ?

On dit fréquemment aux personnes asexuelles que leur orientation n’est pas valide et qu’elles ont besoin de se soigner en faisant l’amour avec des personnes du genre opposé. On leur dit également qu’elles ne sont « pas naturelles » ou qu’elles sont « inhumaines », qu’elles sont brisées et ont besoin d’être « réparées », qu’elles sont incapables d’amour ou d’intimité, que leurs relations de couple ne sont pas de vraies relations de couple, qu’elles détestent le sexe opposé, qu’elles doivent souffrir de traumatismes psychologiques, que leur asexualité est le résultat de maltraitances durant l’enfance ou de problèmes hormonaux, que leur orientation est un choix ou une rébellion ou « juste une lubie », qu’elles sont trop jeunes ou immatures pour décider, qu’elles n’ont pas encore rencontré la bonne personne du sexe opposé, qu’elles sont trop laides ou trop peu désirables pour avoir un partenaire du sexe opposé ou qu’elles n’essayent pas assez. Ces affirmations ne sont en aucun cas plus appropriées quand elle sont adressées à des personnes asexuelles que quand elles sont adressées à des personnes lesbiennes, gays, bi-e-s ou trans.

 

Ne devrait-on pas exclure au moins les asexuel-le-s hétéro des espaces LGBT ?

Les asexuel-le-s hétéroromantiques, tout comme les autres asexuel-le-s et les personnes L, G, B ou T, ont vu leurs relations de couple, leur vie sexuelle, leur style de vie et leur identité contestés, mis en doute, ridiculisés et mis au rang d’une pathologie. Ils grandissent souvent en se sentant seuls et en pensant qu’ils sont les seuls à ressentir ce qu’ils ressentent. De plus, comme les gens ignorants supposent souvent que quelqu’un qui ne cherche pas de relations sexuelles avec le genre opposé est homosexuel, les asexuels hétéroromantiques aussi ont fréquemment souffert de l’homophobie et de l’hétéronormativité de la société. Ils ont besoin d’un espace rassurant autant que n’importe qui d’autre. De plus, être hétéro ou être capable de « passer pour hétéro » ne sont clairement pas des examens de passage pour l’inclusion dans les groupes LGBT, étant donné que beaucoup de personnes trans sont hétérosexuelles et beaucoup de bisexuel-le-s ont des relations hétérosexuelles uniquement.

 

Une personne asexuelle a-t-elle déjà perdu son travail parce qu’elle était asexuelle – comme c’est le cas pour un certain nombre de personnes homosexuelles ?

À ma connaissance, non.

La majorité des personnes asexuelles savent bien qu’elles n’ont pas souffert exactement de la même manière et dans les mêmes domaines que d’autres personnes L, G, B ou T. Il est probable que beaucoup -ou la majorité- des personnes lesbiennes, gays, bi-es ou trans ont vécu des expériences plus dures. Cependant, certaines personnes asexuelles ont aussi beaucoup souffert et certaines personnes L, G, B ou T ont été relativement chanceuses. Les expériences de chacun sont différentes.

De plus, les personnes asexuelles ont actuellement un problème supplémentaire : leur orientation est peu connue et on nie parfois son existence même. De ce fait, il est beaucoup plus difficile de trouver du soutien ou des gens similaires avec qui sympathiser.

 

Que dire d’autre à ce sujet ?

Certaines personnes homosexuelle, bisexuelles et trans, surtout si elles ont grandi dans des pays progressistes, ont eu suffisamment de chance pour n’avoir souffert d’aucune discrimination légale. Cependant beaucoup de ces personnes se sentent toujours faire partie de la communauté LGBT et veulent défiler dans les marches des fiertés. Après tout, le mouvement LGBT ne sert pas qu’à combattre les discriminations et à obtenir des droits. Il est aussi un « espace rassurant » pour rassembler les gens, offrir du soutien et promouvoir la tolérance et la compréhension. Beaucoup de personnes asexuelles voudraient faire partie de cela.

 

2- Quel est le rôle des groupes LGBT ?

 

Pourquoi une personne asexuelle voudrait-elle s’impliquer dans un groupe LGBT ?

Comme il a été écrit plus haut, beaucoup d’asexuel-le-s souffrent de leur isolement, de l’incompréhension à l’égard de la société, de l’homophobie et des préjugés hétéronormatifs. C’est pour ces raisons que beaucoup de personnes asexuelles considèrent les personnes L, G, B ou T comme des alliées naturelles et souhaitent les rejoindre pour les aider à combattre toutes les formes d’intolérance.

En fin de compte, ce que nous voulons tous, c’est l’acceptation de qui nous sommes.

 

Comment les groupes LGBT ont-ils aidé les personnes asexuelles ?

Les groupes LGBT sont souvent le premier point de contact pour les gens qui sont en questionnement sur leur sexualité. Certaines personnes se sentent isolées en arrivant à l’université et se sentent extrêmement soulagées de rencontrer, sinon des gens exactement comme eux, du moins des gens amicaux et ouverts qui encouragent l’exploration de soi. De plus, les organisations LGBT ont fait une importante contribution à la visibilité de la communauté asexuelle : beaucoup de marches des fiertés à travers le monde incluent maintenant des représentants asexuels.

Certains groupes LGBT universitaires ajoutent même maintenant un « A » – pour asexuel – à leur acronyme.

 

Qu’en est-il historiquement ?

Il y a eu des membres asexuels dans les groupes LGBT dès les premiers jours, même si la majorité ne parlaient pas ouvertement de leur asexualité.

D’un autre côté, les mobilisations LGBT et les questionnements qu’elles ont engendrés ont joué un rôle majeur lors de la fondation des premières communautés asexuelles en ligne au début des années 2000. Beaucoup de personnes asexuelles reconnaissent que l’existence du mouvement LGBT, et les progrès qu’il a permis, ont grandement contribué à l’environnement dans lequel, aujourd’hui, les asexuels peuvent se rencontrer et parler ouvertement de leur orientation et de leurs problèmes.

Beaucoup de personnes asexuelles voudraient faire partie du mouvement LGBT.

Il est temps que nous nous reconnaissions les un-e-s les autres comme des alliés naturels.

Traduit de l’anglais par Rising Sun depuis la page « ASEXUALITY and LGBT: THE CASE FOR INCLUSION » sur le site de Asexual Awareness Week.

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