Le genre est sexuel

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Une des punitions qui nous tombe dessus quand on ne performe pas notre genre correctement*, c’est de ne pas être sexuellement attirant-e. Donc quand on est une femme, on a tout intérêt à être féminine. Si on ne le fait pas, on ne sera pas attirante sexuellement** et on aura du mal à trouver une relation (sexuelle) de couple.

Mais quand on est asexuel-le, c’est déjà le cas. Quand on est asexuel-le on ne crée pas de relations sexuelles avec les autres. Et donc la seule raison qu’on peut avoir pour être féminine, c’est que ça corresponde à ce que nous sommes. On ne va pas essayer d’être féminine ou masculin pour plaire sexuellement. Donc en un sens, quand on retire la volonté de se rendre attirant-e sexuellement, le genre devient moins important. Et en même temps, l’importance qu’il conserve est en quelque sorte plus authentique, puisqu’elle correspond vraiment à quelque chose que l’on veut exprimer.

En fait, le genre est pour une énorme part exprimé par et dans la sexualité. L’expression de notre sexualité est parfois notre genre tout entier. Et la question qui se pose c’est donc : à quoi peut bien ressembler l’expression d’une asexualité. Parce qu’au fond, apprendre à maîtriser son identité de genre sans sexualité, c’est pas du tout évident.


David Jay, à lire ici en anglais.

Commentaire :

Je me permets de faire deux ou trois commentaires, parce que c’est vraiment un texte fascinant. Jay pose la question suivante : si exprimer sa sexualité, cela veut souvent dire exprimer un genre, de quelle manière peut-on exprimer son asexualité ? Ou pour le dire autrement: puisque pour beaucoup, s’exprimer sexuellement, cela veut aussi dire donner une certaine performance de genre, à quoi peut bien ressembler une performance de l’asexualité ? Ou encore : si exprimer son genre par sa sexualité (ou l’inverse) peut être une expérience libératrice, qui donne du pouvoir (empowerment), quelle genre d’expérience pourrait donner du pouvoir aux personnes asexuelles ?

La question est d’autant plus fascinante que les forums AVEN qu’il a créés sont un lieu tout à fait unique en ce qui concerne les transidentités dites non-binaires (non-binary), c’est-à-dire les personnes transidentitaires dont le genre n’est ni homme, ni femme. Parmi ces identités trans, on trouve : agenre, genderless (sans genre), genderqueer, etc. C’est un sujet que le maîtrise mal donc je passe. Si ça vous intéresse, n’hésitez pas à lire l’article de Tagath : Je suis agenre.

Si je parle des identités de genre non-binaires, c’est parce qu’évidemment dans ce texte de Jay, le sous-titre est le suivant : les identités non-binaires (et en particulier agenre, genderless, neutrois, etc.) ne sont-elles pas une performance de genre possible pour l’asexualité ? Ou pour le dire autrement, des expressions, des identités ou de simples performances de genre non-binaires ne sont-elles pas une possibilité de s’exprimer asexuellement ?

Je passe rapidement sur la question, qui est très compliqué. Comme le dit très bien Tagath, la sexualité, ce n’est pas le genre, et inversement. On peut avoir une identité de genre non binaire et « aimer les hommes, ou les femmes, ou les gens qui se situent ailleurs dans le spectre du genre ». Mon propos ou celui de Jay n’est pas de réduire les identités non-binaires à l’asexualité ou l’inverse. C’est clair que les deux concepts et les deux expériences sont indépendantes.

Je pense que le propos, c’est plutôt d’ouvrir un espace asexuel de libre expression de genre. D’essayer d’imaginer ce que pourrait être une performance asexuelle dans le genre, ou sans le genre.

 

 

*: il faut lire ce texte en pensant bien que la communauté AVEN dont il parle est un lieu où tout à fait unique en ce qui concerne les transidentités dites non-binaires (non-binary), c’est-à-dire les personnes transidentitaires dont le genre n’est ni homme, ni femme. On trouve par exemple dans le recensement fait par Asexual Awareness Week en 2011 la question et les résultats suivants :

Quelle est votre identité de genre ?
-Femme : 64%
-Homme : 14.1%
-Gender neutral : 12%
-Androgyne : 11.4%
-Genderqueer ou Gendervariant : 11/1%
-Gender Fluid : 8%
-Confus/Pas sûr-e : 7.5%
-En questionnement : 6.6%
-Je n’ai pas d’identité de genre : 6.2%

Vous considérez-vous comme transgenre ?
Oui : 10.2%
No : 80.4%
Pas sûr-e : 9.4%

** : Jay parle ici sans doute de l’hétérosexualité mainstream qui bien souvent valorise et favorise les genres « bien » marqués.

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