Combien de dimensions pour ma sexualité ?

Dans l’article précédent et dans celui d’avant, j’ai essayé de tracer à grandes lignes la façon dont les personnes asexuelles ont entrepris de reposer à plat certaines questions de sexualité. Dans le premier, j’ai parlé de la manière dont on pense habituellement le désir : l’idée selon laquelle tout le monde serait « sexuel ». Dans le deuxième, j’ai essayé d’expliquer que les expériences de chacun-e étaient bien mieux représentées si on considérait l’attirance sexuelle comme un spectre.
Pour ce dernier article de la série, ça m’a semblé logique de vous parler de l’idée d’orientation sexuelle et de la manière dont l’expérience des personnes asexuelles est totalement invisibilisée quand on aborde ces sujets.


La sexualité à une dimension :

Autant le dire tout de suite : la sexualité à une dimension, c’est très ennuyeux. On peut la résumer en un clin d’œil : l’orientation sexuelle se définit par le ou les genres des personnes pour qui on ressent de l’attirance sexuelle. Fin de l’histoire. Associé au modèle de genre binaire, ca nous donne trois possibilités : homosexuel-le, bisexuel-le ou hétérosexuel-le. Et attention, il s’agit d’une liste fermée : vous n’avez pas d’autres choix. Vous DEVEZ choisir une option :



Sexualité à une dimension. Seul(s) le(s) genre(s) des partenaires est pris en compte.

La sexualité à une dimension est si célèbre de nos jours qu’elle se donne l’air d’avoir toujours existé. Pourtant son étroitesse est assez évidente. Par exemple, si je ressens de l’attirance sexuelle deux fois par an, je vais utiliser le même mot que si j’en ressens dix fois par jour. Pas vraiment pratique pour penser à soi et communiquer avec ses partenaires… Et si je n’en ressens pas du tout ? Alors là, je disparais. Tout simplement. Je deviens invisible.


La sexualité à deux dimensions :

Cette deuxième dimension revient à faire sortir les asexuel-le-s du placard (et il fait vraiment sombre là-dedans). Première dimension : l’attirance homosexuelle. Deuxième dimension : l’attirance hétérosexuelle*. Mais ce qui est vraiment nouveau c’est que plus on avance le long des axes, plus l’intensité de l’attirance sexuelle augmente. Inversement, plus on est proche de l’origine, plus l’intensité de l’attirance sexuelle est faible. Vous voyez le programme ?



Sexualité à deux dimensions. Plus on avance sur chaque axe, plus l’intensité de l’attirance augmente.

Maintenant, on comprend mieux un certain nombre de choses. On peut être asexuel-le sans attirance sexuelle (en bas à gauche). Mais on peut aussi être asexuel-le avec peu ou très peu d’attirance sexuelle (dans le reste de l’espace «asexuel-le»). Pareillement, on peut aussi se placer dans l’espace « homosexuel-le » et ne ressentir que peu d’attirance sexuelle. Et pourquoi pas ? Ou en contraire en ressentir beaucoup. Et ainsi de suite.


* : Cette représentation des orientations sexuelles sur deux dimensions valide et renforce le modèle de genre binaire. Ce n’est évidemment pas une idéologie que je veux soutenir. Je suis parfaitement conscient qu’il existe plus de deux genres, que tout le monde n’a pas un genre et que pour certaines personnes l’expression “genre opposé” n’est pas du tout adapté.

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2 réflexions sur “Combien de dimensions pour ma sexualité ?

  1. Ce graphique est séduisant par son apparente simplicité et clarté mais trompeur, ou à tout le moins insatisfaisant : définir l’asexualité comme de l’attirance (sous entendu sexuelle) de très faible intensité, pourquoi pas (encore que l’attirance, ou l’orientation, ne se définisse pas seulement par sa dimension sexuelle mais aussi affective) ; par contre l’intensité doit pouvoir se combiner avec les 3 orientations hétéro/homo/bi, et pas seulement avec 2 d’entre elles, sauf à amalgamer la bisexualité à une forme d’hypersexualité (et tomber éventuellement dans un des stéréotypes biphobes)…

    • C’est parfaitement juste, si on voulait donner une image claire de la sexualité d’une personne, il faudrait encore ajouter de nombreuses dimensions. Par contre, pour ce qui est de la bisexualité, le schéma ne dit pas qu’être bi-e, c’est ressentir une attirance plus forte que les personnes homos ou hétéros.

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