Penser le désir sexuel autrement

« Le monde ne doit pas être divisé en chèvres et en moutons »

Kinsey

 

Dans l’article précédent, j’ai parlé de « l’hypothèse sexuelle » et de la manière dont cette idée empêche la plupart des personnes sexuelles de comprendre quelque chose à l’asexualité. Pour rappel :

  • L’hypothèse sexuelle est la présupposition généralement non questionnée que l’attirance sexuelle est à la fois universelle (tout le monde « l’éprouve »), uniforme (c’est la même chose chez chacun-e) et que son absence doit pouvoir être expliquée par une pathologie identifiable.

Vous avez compris, je ne vous fais pas un dessin : il faut mettre cette idée tout au fond du tiroir. Mais alors, comment est-ce qu’on peut penser le désir autrement ?



1ère idée : les boîtes

Dans la logique des boîtes, il y a deux catégories séparées : sexuel et asexuel. Partant du constat que tout le monde ne ressent pas de désir, les personnes qui pensent en terme de boîtes estiment qu’il suffit de créer une nouvelle catégorie : la catégorie « asexuel ». Et c’est déjà un progrès, car au moins nous existons. Cette catégorie serait définie par un certain nombre de propriétés et serait radicalement différente de la catégorie « sexuel ». On a, comme dit Kinsey, divisé le monde en chèvres et en moutons.


Il n’y a que deux types de personnes : les personnes sexuelles et les personnes asexuelles


Mais le problème, c’est que ça ne marche pas très bien. Par exemple, où est-ce qu’on va mettre les personnes qui ont peu de désir ? Ou très peu ? Ou qui en ont très rarement ? Que va-t-on faire avec les personnes qui ressentent si peu de désir qu’elles se sentent tout de même appartenir à l’asexualité ? Dans quelle boîte il va falloir les mettre ?



2ème idée : un continuum

Avec l’idée du continuum, les personnes sexuelles et les personnes asexuelles ne sont pas deux espèces distinctes. Elles sont simplement placées à deux endroits différents sur un axe continu.


L’intensité du désir varie selon les personnes


Cette petite flèche permet de rendre compte de quelque chose d’essentiel : l’intensité du désir est variable selon les personnes. Cette intensité n’est pas fixe, ce n’est pas la même chose pour tout le monde : c’est variable. Du côté gauche de l’axe, on va trouver les personnes qui n’ont jamais éprouvé d’attirance sexuelle. Ensuite viennent celles qui en éprouvent très peu, peu ou modérément. Et enfin celles qui en éprouvent beaucoup ou abondamment. Eh oui, il y a une énorme diversité dans le désir. Et pour tout vous dire : je trouve ça formidable !


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4 réflexions sur “Penser le désir sexuel autrement

  1. Si ça vous vous intéresse, peut-être que vous serez intéressées par ce Bundlr sur la « gray-asexuality ». Les personnes qui s’identifient comme « gray-asexual » se sentent appartenir au mouvement asexuel même si elles ressentent , d’une façon ou d’un autre, du désir sexuel. Par contre, tout est en anglais pour l’instant. On y remédiera peut-être un jour.

  2. Je n’ai lu que quelques-uns de vos articles pour l’instant et je trouve vos analyses intéressantes. Vous mettez souvent en jeu dans la définition de la sexualité de quelqu’un l’idée d’intensité.
    Mais une idée m’est venu à l’esprit lorsque je lu votre analyse de la logique des boîtes : les gens ont besoin de mots et de modèles pour définir ce qu’ils sont.
    Votre logique axiale est intéressante car elle offre une infinité de position variables, comme vous dites (variable d’un individu à un autre, mais également d’un moment à un autre pour un même individu) ; ce qui correspond bien à ma vision (que je crois également votre) du monde selon laquelle chacun est différent.
    Mais ne serait-il pas possible également de rejeter tout modèle possible, à boîte, à axe ou autre, ne pas se définir en fonction de critères mais juste par le fait qu’on est soi-même ?

    • Merci. Il y a mille réponses à faire à votre question. J’en choisirais deux. Je dirais d’abord que « être soi-même » et se définir par des catégories socialement partagées n’est pas contradictoire. Et je dirais ensuite que les mouvements minoritaires, en particulier sur la sexualité, tirent leur force du fait que les personnes ont souvent besoin de ces mots pour mieux se comprendre et mieux s’accepter. Dans cette logique, les catégories, sont des outils qui nous aide à mieux vivre. 🙂

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