Asexualité et hyper-sexualité

 [Iphigénie nous fait partager pour la première fois un texte sur Asexualité-s en tant que blogueuSE invitéE et je suis très heureux de l’accueillir. ~Calinlapin.]

Je suis hyper-romantique, je suis aussi hyper-sexuelLE.

A la lecture de cette première phrase,  je suppose que celles et ceux qui me liront s’interrogent déjà. Quelle est ma légitimité à parler sur un blog traitant d’asexualité et d’aromantisme ? Soyons clairEs, je n’en ai aucune, et à ce titre je ne m’exprimerais pas sur le sujet. Par contre, cet article m’a donné à voir un parallélisme sur les questions des  » bons sentiments », des  »bonnes attitudes ».  Les genTEs qui se reconnaissent dans l’hyper-sexualité et l’hyper-romantisme sont soumisES à des pressions différentes sur la forme, mais similaires sur le fond, à celles qu’on impose aux personnes asexuelLEs et aromantiques.

L’hyper-romantisme est-ce que c’est mettre des cœurs partout, en tenant des genTEs par la main dans de vastes prairies d’herbe rose au goût de chewing-gum (on pourrait débattre de la symbolique du rose et du cœur, mais ce sera pour autre fois) ?

Et bien non (et heureusement pour moi !). Ce que j’appelle hyper-romantique (et cela reste MA manière d’utiliser ce mot, pour ME définir) c’est être capable d’éprouver énormément de sentiments amoureux, d’intensité plus ou moins importante et avec une rapidité variable.
Je tombe amoureusE (avec tout ce que ce terme évoque pour moi) très facilement, et très, très souvent.
Je me reconnais également dans le mot  »polyamoureux » (je ne dis pas que toutEs les polyamoureuSEs sont des hyper-romantiques pour autant), je peux mener plusieurs histoires sentimentales en même temps. Parfois les genTEs pour qui je ressens ces sentiments n’en éprouvent pas pour moi. Je n’y peux rien et eux non plus. Je me tais parce que dans ce cas, ça ne regarde que moi, et j’estime que je n’ai pas à leur imposer une chose qu’ils ne désirent pas. Je ne dis pas que se taire est la bonne solution, mais c’est celle que j’ai choisie, celle qui me va.

De la même manière, hyper-sexuelLE ne veut pas dire que je cours nuE à la poursuite de tous les genTEs que je rencontre pour leur proposer des activités sexuelles. Simplement je ressens des stimuli sexuels facilement. Il est très simple de provoquer des envies sexuelles chez moi. Cela ne me conduit pas systématiquement à concrétiser cette pulsion en actes sexuels, mais ça peut éventuellement dire que je ressens de l’excitation sexuelle face à des gestes anodins, qui n’avaient pas pour but de m’exciter dans l’esprit de la personne qui me les a prodigués.

Cette personne n’y peut rien et moi non plus. Aussi je me contente de ressentir cette sensation agréable (bien que souvent gênante), sans en faire état, pour ne pas l’embarrasser.

On voudrait me faire croire que ma sexualité et mes sentiments amoureux ne sont pas les bons, parce qu’ils sont  »trop », trop nombreux, trop rapides, trop tout. Comme ils sont jugés excessifs, on voudrait me faire croire qu’ils sont moins beaux, qu’ils ont moins de valeur.

J’ai conscience d’être privilégiéE tout de même, le monde dans lequel nous vivons est un tantinet plus fait pour moi. Parce qu’il se base entre autre sur le postulat que tout le monde est sexuel, et je le suis. C’est quelque chose de très assimilé, quelque chose d’admis, comme toutes les normes.

J’ai rejeté  l’hétro-normie assez facilement parce que je ne suis pas héteroTE mais il m’a fallu rencontrer des personnes se définissant comme assexuelLEs pour réfléchir à cette évidence : non, tout le monde n’est pas sexuelLE.

Je suis donc sexuelLE dans un monde sexo-normé et romantico-normé.  Je baise trop, mais  »au moins je baise », j’aime trop, ce qui prouve que  »j’ai un cœur d’artichaut, donc pas un cœur de pierre ». Parce que le sexe est vu comme la liberté. Alors que concrètement, être excitéE d’une caresse dans les cheveux dans un lieu pas adapté, c’est super chiant et ça ne me rend libre de rien.
 »Addiction » contre  »frigidité »,  »incapacité à l’engagement vrai » contre ‘handicapéE des sentiments », j’ai l’air moins  »malade » mais toujours avec un léger relent de pathologie qu’on pourrait vite arranger, avec une bonne thérapie.

Il y a dans tous les milieux, des plus normatifs à ceux qui s’interrogent le plus sur les normes, une tendance à réduire la liberté sexuelle (qu’on la juge ou qu’on l’encourage) au sexe à tout prix. La liberté sexuelle c’est la possibilité de ne pas avoir de vie sexuelle, et beaucoup semblent l’oublier.

Croire que plus on est sexuelLE, plus on est libre comme le défendent certainEs dans le milieu pro-sexe, est aussi un non-sens. J’ai une vie sexuelle riche, j’ai testé plein de choses et c’est parfait, parce que ça me convient. Mais ça ne fait pas de moi une personne plus ouverte, plus cool ou plus intéressante qu’une personne qui a une vie sexuelle différente ou pas de vie sexuelle du tout.
Être polyamoureuSE est aussi une bonne chose pour moi, et même si je décidais de n’avoir qu’une relation avec une seule personne, ça ne ferait pas de moi un individu monogame. Parce que ça ne ferait pas disparaître la capacité que j’ai d’avoir plusieurs relations en même temps. De même qu’une personne bisexuelle en relation avec quelqu’un d’un genre opposé au sien ne fait pas disparaître son attirance pour les personnes de son genre.

Être monogame, ce n’est pas être coincéE, ce n’est pas être has been, de même qu’être polyamoureuSE n’est pas hype, c’est n’est pas forcement être sortiE d’une norme et avoir tout bien déconstruit pour être libre. Assumer qui l’on est, comprendre ce qui nous va et nous permet de fonctionner, c’est être libre à mon sens. Mais se jeter tête baissée sur une contre-norme qui ne nous convient pas, je n’ai pas l’impression que ça rende qui que ce soit libre.

           

Par pitié, ne remplaçons pas une norme par une autre.

Quand j’évoque l’asexualité ou l’aromantisme avec des personnes sexuelles, leur première phrase est souvent :  »comme c’est triste », suivi de :  »ces gens n’ont pas trouvé la bonne personne »  toujours dans cette idée que les désirs sexuels sont naturels et universels.
Quand je parle du polyamour (j’ai renoncé à parler de l’hyper-sexualité, ça sonne comme une invitation visiblement) la première réaction de beaucoup de personnes est  »mais du coup tu n’aimes pas pour de vrai », suivi de   »tu n’as pas encore trouvé LA personne qui te fera oublier toutEs les autres ».

Pour beaucoup de genTEs, mes sentiments ont une valeur moindre, ils sont en toc. Si l’une de mes amoureuSEs met fin à notre histoire, c’est forcement moins grave, puisque j’ai d’autres histoires. Je souffre moins, je me console.
Au même titre, je n’ai rencontré qu’une seule personne qui avait un appétit sexuel comparable au mien. Et ce n’est pas un motif de fierté, ça rend difficile de verbaliser sa frustration sexuelle avec ses partenaires moins sexuelLEs (l’idée étant d’échanger avec eux pas de les culpabiliser), puisque de toute façon tu as  »TOUT le temps envie ».
C’est aussi difficile de dire non, de dire qu’on n’a pas VRAIMENT envie, là tout de suite alors qu’on sait, et que nos partenaires savent, qu’il suffit de deux trois caresses pour  »déclencher  » une réponse sexuelle.

Et surtout c’est difficile de leur faire comprendre que ce soir, on les désire eux, qu’on désire avoir du sexe avec eux, même si on en a eu ou on en aura le lendemain avec unE autre partenairE. Leur faire comprendre que ce soir, on veut faire l’amour avec Lui/Elle pas juste avoir du sexe avec la première personne disponible.

Alors que la plupart des genTEs analysent l’asexualité et l’aromantisme comme étant de facto une souffrance, ils minimisent de façon tout aussi arbitraire la souffrance que les  » hypers  » leurs disent ressentir.

Dans les deux cas le sous-titre est le même, ce que tu dis n’est pas correct, ce que tu ressens n’a pas ou peu de valeur, tais-toi, tu es malade.

Or personne ne devrait se donner le droit de dire à un autre être humain que ce qu’il ressent n’est pas vrai. Personne n’est habilité à dire à une autre personne que son schéma de fonctionnement n’est pas le bon, et que même s’il semble lui convenir, ce n’est pas le cas.

Iphigènie.

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4 réflexions sur “Asexualité et hyper-sexualité

  1. Merci Iphigénie pour ce témoignage riche qui dénonce pas mal de clichés sur la sexualité normée, sur le polyamour mais également sur la nécessité soit disant « naturelle » d’avoir une sexualité.
    Cela renvoie pas mal à cette obsession de consommation sexuelle que l’on ressent de plus en plus dans la société, le nombre de partenaires à dater non pas parce qu’on les apprécie mais parce qu’il faut consommer de manière effréné.

  2. Eh oui, je suis bien d’accord avec Iphigénie : le désir (sexuel ou romantique), c’est pas la même chose partout et pour tout le monde pareil. Il y a beaucoup beaucoup de diversité et malheureusement on a du mal à en parler sans se rouler dans le jugement…

  3. Regard sociétal qui norme, modèle jusqu’à notre intimité et nous disant comment il faut être un bon maaale et une bonne femelle et surtout ne pas déroger de la sainte route sous peine d’être jugé, condamné, parfois toléré mais au grand jamais accepté…

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