Quel genre de sentiments faut-il ressentir pour être vraiment humain ?

Je m’identifie comme aromantique. C’est un mot bizarre, je sais, mais c’est un mot que j’aime beaucoup. C’est un mot qui m’aide à mettre en ordre ce que je ressens. Ou plutôt ce que je ne ressens pas.

Il rend compte du fait que je ne tombe pas amoureux.

Il rend compte du fait que je ne sais pas très bien de quoi on parle lorsqu’on me parle de sentiments romantiques. Parce que je n’en ressens pas. Jamais. Je n’ai pas de coups de foudre. Je ne sais pas ce que sais d’avoir le souffle coupé ou les pensées sans cesse occupées par l’être aimé. Et voilà. C’est comme ça. Deal with it, comme on dit.

Pas de malentendus, je n’ai pas une attitude négative à l’égard de ce qui est « romantique ». Je n’ai rien contre les gens amoureux. Je n’ai rien contre les sentiments amoureux. Je n’ai rien contre les petits coeurs en papier mâché. Rien du tout.

Petit cœur en papier mâché

Par contre, j’ai clairement un problème avec une certaine idée de l’amour romantique. Une idée qui fait l’unanimité. Une idée avec laquelle tout le monde semble d’accord et personne contre. Une idée que tout le monde connaît.

Une idée, ou plutôt une histoire sur l’amour romantique que l’on adore se raconter, et jusqu’à la nausée.

C’est cette histoire qui raconte que l’amour romantique (hétérosexuel) est cette expérience ultime, cette expérience qui est tellement importante que sans elle, on ne devient pas tout à fait un être humain. C’est aussi cette histoire qui raconte que le but principal de la vie, c’est de trouver un-e partenaire avec lequel vous vous engagerez dans une relation romantique aussi intense que durable.

Et il y a une suite. Si cette expérience de l’amour est obligatoire pour devenir une « vraie » personne, c’est parce qu’à travers elle, on se découvre soi-même. C’est parce que c’est par cette expérience que l’on apprend à exprimer vraiment ce qu’il y a en nous. C’est par cette expérience que l’on donne du sens à sa vie, c’est par elle que l’on atteint le bonheur. Rien que ça.

Je vais vous dire : je trouve cette histoire absolument gonflante. On pourrait déjà dire beaucoup sur l’hétérosexisme et le monosexisme que l’on y trouve (il s’agit bien de l’amour entre UN homme et UNE femme). Mais puisque d’autres le font bien mieux que moi, je m’abstiens.

Mais en plus : quelle place elle donne aux personnes qui ne ressentent pas de sentiments romantiques ? Ou aux personnes qui n’ont pas accès à ce type de relations ? Qu’est-ce qu’on fait quand on ne ressent pas de sentiments romantiques ? J’ai pas l’impression que c’est prévu dans le scénario, ça.

Si je ne ressens pas de sentiments romantiques, est-ce que ça veut dire que ce que je ressens a moins de valeur ? Est-ce que ça veut dire que je ne suis pas en mesure de ressentir les vrais sentiments importants et donc romantiques ?

Est-ce que ça veut dire que je n’atteindrais jamais le vrai sens de moi-même ? Est-ce que ça veut dire que mes relations avec les autres sont moins importantes ? Est-ce que ça veut dire que je ne saurais jamais ce qu’est le bonheur ? Est-ce que ça veut dire que je suis moins humain ?

De quelle manière je vais expliquer à la personne avec qui j’ai une relation que je « l’aime » même si cet amour n’est pas romantique ? Avec quels mots je vais le dire, sachant qu’il n’en existe aucun ? Comment est-ce que je vais faire pour lui faire sentir que notre relation est importante ?

Et de manière encore plus large : quel genre de sentiments il faudrait que je ressente pour être vraiment humain ?

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10 réflexions sur “Quel genre de sentiments faut-il ressentir pour être vraiment humain ?

  1. Hey! tu m’as donnée envie de répondre alors voilà: mais « fair warning » je ne sais pas à quel point ca sera pertinent :

    La dernière fois ma petite soeur de 21 ans me disait qu’elle attendait le jour où je lui dirais que je suis asexuelle avec impatience, parce que être asexuelle c’est moins contraignant que d’être lesbienne et à peine moins honteux que d’être bi évidemment. Ce qui me fait rire, c’est toujours ce doute que ma sexualité inspire chez les gens. Ce que je trouve hilarant parce que ce n’est pas du tout le cas. Lesbienne : l’attirance d’ordre sexuelle d’une fille vers une autre fille. C’est vrai que j’aime les filles. J’aime la promiscuité que j’ai avec elles. J’aime danser coller serrer contre leur corps semblable au mien, j’aime les regards chauds que cela produit et l’effet que cela a sur les autres. J’aime me sentir sexy contre elles mais surtout en sécurité. Parce que c’est là qu’est la vérité, je me sens en sécurité à leur côté, intouchable. Il n’y a pas de désir latent entre nous, on peut se caresser, se toucher, se câliner sans arrières pensées parce que ça fait du bien et que c’est réconfortant, c’est ainsi que je le vois, mais non, désolée de décevoir, je ne ressens pas l’envie de baiser un vagin. Mais c’est toujours amusant de faire douter mon entourage.
    Dans un autre sens, je suis très loin d’être asexuelle. Le désir je connais et je le ressens souvent depuis très longtemps, et j’adore ça, je suis contente de pouvoir dire qu’au moins je reconnais et ressens du désir. Evidemment je suis une femme qui désir les hommes ; hétérosexuelle. Là je l’ai dit ! Rassurées ?! ce qui ne veut ne pas dire que je les aime, ne nous emballons pas. Pour commencer les hommes sont une espèce qui me met très mal à l’aise, et quand ils sont plus âgés ? J’en ai carrément peur : oui je suis androphobe. Mais en plus de cela je les méprise sincèrement, des fois je m’étonne carrément du niveau de dégoût profond que cette engeance m’inspire. Plus crétins les uns que les autres, j’embrasse ma misandrie et suis fière de militer en tant que féministe amazone et pro sexe. D’aussi loin que je me souvienne j’ai toujours pensé que les filles pouvaient faire aussi bien physiquement, et même mieux que les garçons, je ne savais même pas ce qu’était une amazone et j’en étais déjà une, je considère souvent que je suis née amazone. Grande, forte et intelligente, honnêtement j’aurais été parfaite aux côtés de Xena. Et puis j’ai découvert ce que je faisais comme effet aux garçons, HA ! Qui aurait cru qu’être jolie (, parfum maquillage et longs cheveux sont des armes fatales sérieux), pouvait ouvrir tant de porte, qu’un sourire peu sincère et des formes mises en valeurs étaient aussi efficace et que ça rendait les hommes pas plus intelligents que des dindons….pas étonnant que certaines en jouent à l’usure et paie des milliers pour obtenir ce pouvoir par chirurgie, qui peut les blâmer ???!! Qu’on les laisse faire ou pas, ils regarderont, autant leur donner une raison, et mieux, en tirer avantage : Pro sexe en force ! no shame à utiliser ce que la nature nous à donner mais n’oublions pas nos cerveaux. Certaines s’en accommode et jouent le jeu, d’autres ont décidé qu’elles avaient trop de fierté pour ça, ce que j’admire aussi, kawtar ne joue pas ce jeu et l’a refusé quand il a fallu passer son permis. Evidemment elle ne l’a pas eu….
    Là encore j’ai beau les désirer je ne ressens en aucune façon des sentiments romantiques à leur égard, parce que soyons clair, quand ils ne m’inspirent ni dégoût, ni peur, mais que je les veux dans le sens le plus primaire, je ne ressens rien. Pas de papillons dans le ventre, pas de manque, pas de pensées remplie de l’être manquant, que dalle, niet, le vide. Je ne comprends même pas comment on tombe amoureux. Et puis est ce que les gens se demandent comment tomber amoureux ? A les entendre, c’est un processus naturel, comme marcher et éclater de rire. Moi je trouve ça franchement bizarre et carrément Alien. Et puis il y en a qui sont carrément amoureux de l’amour, qui tombe amoureux tous les jours, toutes les heures : des cœurs d’artichaut. Et moi ou je suis sociopathe sur les bords, ou je suis juste une courgette aromatique aromantique. Alors évidemment quand à 23 ans j’ai l’honneteté, le malheur de dire que non je ne suis jamais tombée amoureuse, que non ça ne m’intéresse pas, et non je ne suis pas lesbienne donc avec une non plus !, et non j’ai pas eu de mauvaises expérience, ça les interpelle et ils se disent que je mens, que j’exagère ou que je suis trop jeune (bâtards arrogants condescendants et paternalistes), que j’ai pas trouvé le bon (eurgh ! comme le « bon » jean ou le « bon » fond de teint 0.0) , parce que, qu’y a t’-il de plus intéressant sur Terre, dans la Vie que de tomber amoureux ? se marier ? et oh mon dieu, comble du comble avoir des enfants ?? bah ouais rien de tout ça pffff c’est quand même grave de se dire qu’une vie n’est pas complète si on n’est pas amoureux, engagé ; quand on est un garçon, on est des loups solitaires, des célibataires endurcis, quand on est une fille, on est juste pas normale. Et c’est ce que j’ai cru pendant un long moment, d’ailleurs ça m’arrive encore de me dire que je ne suis pas normale et que pétard, il doit vraiment y avoir un truc qui cloche chez moi pour ne pas ressentir l’évidence. Impression d’être comme atrophiée émotionnellement. Peut-être que je ne suis pas assez gentille, assez docile, assez jolie, que je ne dégage pas les bons, les « même » phéromones ! Et merde pourquoi est-ce que je ne comprends pas ? Pour moi l’amour c’est d’abord un truc étrange qui arrive aux autres et pas à moi, puis un truc qui ne se passe que dans les livres et finalement un truc dont sont capables certaines personnes et d’autres tout simplement pas. Mais allez expliquer cela aux gens. Quand la population/société est à peine plus habituée à l’homosexualité….c’est juste impossible et maintenant imaginez avec les histoires de religion….c’est juste l’enfer ( hahahaha ok c’était facile !) . Ils préféreraient entendre que oui ok je suis lesbienne si ça te fait plaisir, c’est ridicule, comme s’il y avait un degré d’offense, d’erreur plus acceptable qu’un autre. A-romantique, ce n’est pourtant pas très compliqué.
    Ce qui ne veut pas dire que je suis complètement dévouée d’émotions. Je veux dire je suis humaine plus ou moins sociable et y’a des gens que je supporte plus que de d’autres que j’aime plus que d’autre, que j’ai envie de connaitre plus que d’autres (ha là, vous vous reconnaissez hein !). Et puis quelque fois il se produit ce phénomène que je ne m’explique pas : je rencontre ou vois une personne qui m’intrigue, avec qui j’ai envie de tout partager, je veux devenir sa meilleure amie, je veux que ce soit physique et émotionnelle, c’est profond et j’aimerais que ce soit réciproque (un squish ou un cruch ou un béguin ?) mais j’ai pas forcément envie que ce soit romantique, je m’imagine de la promiscuité physique, des câlins, des caresses comme j’ai l’habitude avec les filles, mais pas forcément plus que cela, et je m’imagine des mots partagés, des rires et des peines, et on n’est pas forcément en couple, parce que je peux me l’imaginer avec quelqu’un d’autre, mais en étant toujours aussi proche de moi parce que tout simplement que ça me suffit….alors est ce que c’est ça qu’on appelle une relation queerplatonique ? Je ne sais pas, mais ça ne peut pas ne pas être de l’amour pas vrai ? Alors ce n’est pas la manière la plus traditionnelle de faire les choses, je l’accorde mais est-ce que c’en est moins valorisant que tous ces non-sens de conte de fée ? Est-ce que ça remet en cause mon humanité ou est-ce que ça me rachète à vos yeux ? Est-ce que aimer peut rester aimer et être suffisant ? Peut-être qu’on devrait juste aimer comme on l’entend et prier pour que ce soit assez.
    PS Hahaha il y a tellement de termes avec les lesquelles je ne suis pas familière que j’ai peur de m’être égarée mais je ne me rappelle même plus où exactement, c’est comme si les frontières entre un terme et un autre s’étaient brouillées parce que au final qui peut délimiter l’amour ? Donc je demande à ceux que j’ai offensés de bien vouloir me pardonner 😉
    PPS: ou alors j’ai besoin d’une thérapie lol
    PpPS: désolée pour les éventuelles fautes d’ortho

    • Salut ! C’est super que tu t’assumes telle que tu es (ton texte est énorme, tu devais avoir sur le coeur !), et bien sûr je n’ai en aucun cas le droit de dire quelque chose sur ça. Je veux juste préciser qu’il ne faudrait pas associer toutes ces orientations et ces convictions (asexuelle, aromantique, lesbienne, misandrie, ou autre) avec le féminisme. Je suis moi-même féministe, asexuelle et aromantique, mais tout est bien distinct. Peut-être que tu le sais déjà mais dans ta tirade tu as à un moment tendance à associer l’idée de féminisme à celle de misandrie (il y a assez de gens comme ça qui supposent que les féministes sont forcément lesbiennes et/ou qu’elles n’aiment pas les mecs). J’aime beaucoup l’image de l’amazone aussi, mais cela reste une caricature. Il est important de ne pas faire d’amalgame, et si c’est clair pour toi ce ne le sera pas forcément pour ceux qui te liront et ce serait dommage de leur mettre des fausses idées dans la tête. Une féministe peut très bien être romantique !

  2. Tu dis que tu peux aimer mais tu ressens aucun sentiment romantique, alors comment sais tu que tu aimes, je pige pas ! Tu dis « De quelle manière je vais expliquer à la personne avec qui j’ai une relation que je « l’aime » même si cet amour n’est pas romantique ? » Pour toi le romantisme se résume au coup de foudre et au manque ? Moi le romantisme c’est différentes chose pas forcément celles là un peu gnan gnan. Si t’arrives à aimer c’est déjà un sentiment romantique en mon sens. Moi non plus je n’ai jamais eu de coup de foudre pourtant je ne me donne pas un nom comme Aromantique pour faire genre je suis différent et j’en suis fière. C’est n’importe quoi l’aromantisme, soit t’aime soit t’aime pas et là on appelle ça un blasé de la vie.

    • Personnellement, je ne suis jamais tombée amoureuse. Je croyais, quand j’étais avec certaines personnes, que j’arriverais à l’être, mais ça n’est jamais arrivé. C’est de l’affection comme envers un ami. Les gens font la différence entre ces choses là, l’amour filial ou amical, et l’amour avec un grand A, qui ne concerne que deux personnes qui se voient d’une façon spéciale… Souvent, j’étais avec quelqu’un qui m’aimait, dont les sentiments étaient beaucoup plus grands que les miens, ce qui m’inquiétait. Pas de différence pour moi entre l’homme qui partage mon lit et mes amis. Mais bizarrement, quand tu dis « je te vois plus comme un ami », ça casse tout. Du coup, on ne dit rien, jusqu’à ce que ça pète, jusqu’à ce qu’on se quitte, parce que l’ampleur des attentions qu’on a l’un pour l’autre n’est pas la même. Quand on te refuse le terme d’amitié, et que tu ne sais pas ce qu’est l’amour, ça s’appelle sans doute être aromantique, j’imagine. Je viens d’y réfléchir, c’est pour ça que kje me retrouve ici, et je dois dire, au départ je croyais être une blasée de la vie, mais peut-être au fond que je ne fais juste pas la différence entre les différentes sortes d’affections qui peuvent exister entre les êtres humains. Pas de manque pour la personne qui me quitte, pas vraiment de regret à arrêter une relation, si ce n’est la perte d’une personne avec qui discuter, ou pour être crue, faire l’amour. Je ne sais pas si « blasée de la vie » suffit à exprimer cet état d’absence, qui n’est pas de l’indifférence.

  3. Je voulais juste te dire merci ! Malheureusement cette notion est encore très peu connue aujourd’hui. Mais ça fait plaisir de lire un texte comme ça, et de voir que l’on est pas tout seul à ressentir et penser ce genre de choses.

  4. Je ne suis pas aromantique et pourtant, je pense comprendre. Ma meilleure amie ne tombe pas amoureuse, rien. Aucun sentiments d’amour. Aucunes attirances sexuelles non plus d’ailleurs. J’en suis venu a la même conclusion d’un des commentaires, peut-être qu’elle ne fait pas la différence entre amitié et amour ou qu’elle trouve l’amitié suffisante. J’étais amoureux d’elle a un moment, il y a un an.
    Elle m’a dit qu’elle me voyait comme un ami et j’ai trouvé ça bien et suffisant. J’ai eu un « déclic ».
    Ma mère disait souvent que le vrai amour c’est l’amitié et je suis d’accord. Je me sens bien avec une simple amitié aussi, y a juste ce qu’il faut. Même si je peux avoir des coups de foudre, je ne ressens plus le besoin de normalité d’être « amoureux ».
    Mes autres amies ont du mal a comprendre l’aromantisme et une fois on m’a posé la question : « Tu penses qu’elle est amoureuse de « L » ? »
    « L » c’est ma 2ème meilleure pote, on est un trio. « L » et mon aromantique ont une relation très fusionnelle. Et c’est compliqué a expliquer l’aromantisme alors j’ai dis qu’elle aimait différemment. Pas comme ont le ressentaient. Que c’était platonique et que sa pouvait pas devenir l’ « Amour » avec un grand A mais que c’était pas non plus rien. Que tout était pareil.
    Personne a comprit… J’ai trouvé ça injuste dans un sens.
    Mais mon aromantique, heureusement pour elle, cherche pas a être comprise, ou mise dans des cases.
    Mon pavés était un peu inutile, mais je voulais juste dire que les gens qui comprennent sont la, même si on est peu. Aussi, c’est agréable de vous comprendre. On se sent moins forcé d’aimer, on devraient vous écouter. Car on devraient tous avoir le droit d’aimer sans être amoureux !
    Courage a vous, qui que vous soyez ! Certains comprennent, ne l’oubliez pas !

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