« Vous n’êtes pas seul-e, vous n’êtes pas défectueux-se ! »

J’ai vu ce message sur les photos de la world-pride. Des gen-te-s avaient imprimé sur leurs pancartes : « You’re not broken, you’re not alone ». Et je crois qu’elles ont raison, il faut le dire. Il faut le dire et le dire encore plus. Il faudra peut-être même le dire un peu plus fort, parce que je vois bien que certaines et certains ont un peu de mal à comprendre.

 


« Juste moi-même »

L’autre jour, je discutais avec une amie, une amie dont l’avis compte énormément pour moi. Et à mesure que nous discutions, je voyais clairement que quelque chose la heurtait. Jusqu’à ce qu’elle me dise, d’un coup : « Mais pourquoi as-tu besoin de ces mots-là ? Moi, je ne suis ni lesbienne, ni hétéro, ni asexuelle, je suis juste moi-même ! »

Alors, je ne vais pas faire une leçon chiante sur l’invisibilité des privilèges. C’est pas le but de ce blog. Mais je voudrais quand même lui dire, à elle, mais aussi à tou-te-s les autres, je voudrais leur dire que justement, il y a des personnes qui ont besoin d’un label.

Il y a des personnes qui ont besoin de donner du sens à leur expériences avec des mots. Il y a des personnes qui ont des sexualités compliquées. Des sexualités que personne ne reconnaît. Des sexualités dont on ne parle pas. Des sexualités que personne n’encourage, que personne ne soutient.

Et beaucoup d’entre nous – personnes asexuelles – avons besoin de notre label. Beaucoup d’entre nous avons besoin d’appartenir à quelque chose, de ne plus être seul-e.

Alors, à ces personnes qui se demandent pourquoi je me « range dans une case », je voudrais essayer de dire deux ou trois choses.

« Les personnes asexuelles existent »

Je voudrais leur dire, d’abord, que la solitude des personnes qui ne sont pas sexuelles, elle est réelle. Que le sentiment d’étrangeté, de n’être rien du tout, il est réel. Que les vies tristes, à essayer de se soigner, à tout tenter pour essayer d’être « normal-e », elles existent. Que l’impossibilité de donner du sens à ses expériences, cela existe.

Ne pas savoir qui on est, ce que l’on est. Penser que l’on est une erreur. Penser que l’on est incomplet. Penser qu’on est le seul ou la seule au monde à être ce que l’on est. Essayer à tout prix d’être quelqu’un d’autre. Tout cela aussi c’est la réalité. C’est ce qu’un certain nombre d’entre nous ont vécu. Dont moi.

Et puis un jour, on réalise : les personnes asexuelles existent.

Un jour, on réalise : non seulement elles existent, mais en plus elles n’ont pas honte d’exister. Un jour, on réalise : ce n’est plus la peine de lutter, de chercher absolument à se soigner, à essayer d’être ce que l’on n’est pas. Un jour, on réalise : je suis très bien comme je suis.

Alors voilà, si vous n’avez pas besoin de label, tant mieux pour vous. Je suis content pour vous. Je soutiens toutes les sexualités, du moment qu’elles ne font de mal à personne. Mais n’oubliez pas, ne pas avoir besoin d’un label : c’est un privilège.

« Pourquoi j’utilise mon label »

Pour finir, je laisse la parole à Jo, de « a life unexamined » et qui nous explique pourquoi elle se dit asexuelle, pourquoi elle utilise ce label :

J’utilise mon label parce qu’il y a encore un an, je ne savais même pas que l’asexualité existait.

J’utilise mon label parce qu’il y a un an, je pensais que j’étais anormale et que je ne pouvais m’intéresser à personne.

J’utilise mon label parce que je peux enfin donner du sens à mes expériences.

J’utilise mon label parce qu’il me rappelle que j’ai le droit d’être moi.

J’utilise mon label parce qu’il me rappelle qu’il y a d’autres personnes qui sont asexuelles, fières et heureuses.

J’utilise mon label parce qu’il me rappelle que je ne suis pas juste une connasse frigide qui déteste tout le monde et qui fait fuir tous ceux qui s’intéresse à elle.

J’utilise mon label parce que je sais ce que je suis.

J’utilise mon label parce qu’il me donne de la force.

Voilà. On existe.

Peu importe ce que vous entendez, peu importe ce que disent vos ami-e-s, le journal télévisé ou celui de la salle d’attente : on existe.

On existe et on a le droit d’être heureux-se.

:cake :

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2 réflexions sur “« Vous n’êtes pas seul-e, vous n’êtes pas défectueux-se ! »

  1. Il y a un peu plus de 30 ans, suite à un suicide raté (pour des raisons qui n’ont rien à voir avec ma sexualité), je n’avais été déchargé de l’hôpital qu’à condition d’avoir un suivi psychiatrique. Le psychiatre (Docteur en Médecine donc), au bout de deux ou trois séances avait tenu à ce que je parle de ma sexualité, j’avais répondu que je me considérais comme asexuel et je pensais avoir créé un néologisme, j’avais décrit mon absence d’intérêt et j’étais fier de l’étiquette -que je croyais unique- que je m’étais attribuée. Il me fut répondu que cela ne se pouvait pas, que je n’avais pas encore atteint ma maturité (j’avais plus de 20 ans déjà …) et que je finirais par trouver mon bonheur!!! Et pourtant l’étiquette me convenait -même quand j’ai été marié, je voulais des enfants- et me convient toujours, même si 99% des gens (même ceux que l’on croit évolués et intelligents) ne comprennent pas. Cependant je ne la brandis pas comme un étendard, je suis d’abord juste moi, comme le dit ton amie, avant d’être végétarien, asexuel, numisnate, anarcho-monarchiste, buveur d’eau ou je ne sais quoi d’autre qui me définit juste partiellement. D’accord pour les étiquettes, à condition d’en avoir beaucoup car une seule est réductrice.

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